Ce qui me frappe, c’est la force de la nature qui se maintient à être parfaitement prodigieuse.

Le phénomène migratoire des oiseaux étudié par l’homme permet de comprendre des interactions entre différents éléments naturels  permettant au vivant de perdurer et de se reproduire.

L’intérêt pour moi est de voir la migration comme un exemple de liaison entre une espèce et un paysage. L’oiseau adapte son territoire en fonction des ressources alimentaires disponibles pouvant varier avec le climat. Ce déplacement a du sens dans un ensemble corrélatif : être territoire trajectoire. S’adapter et trouver un territoire ailleurs proposant les besoins nécessaires que n’offre plus temporairement le territoire initial donnent
lieu à un déplacement. Plusieurs lieux disposent des mêmes besoins recherchés ce qui induit que plusieurs trajets sont possibles. Cette égalité plurielle trouve écho dans le titre « route(s) migratoire(s) ».
Dune manière générale, l’homme s’est sédentarisé et a facilité sa capacité de déplacement. Lorsqu'il migre, c’est pour des raisons  climatiques, politiques, économiques. L’élan, qui pousse des groupes humains à quitter un lieu pour trouver les ressources nécessaires ailleurs au péril de leur vie, est-il le même que celui des sternes arctiques ? Cette question de la perception du territoire et de son déplacement pointe l’état du lien entre l’homme et la nature. Précisément, je veux parler de l’homme comme être de la nature. N’est-ce pas en se sédentarisant que l’homme a perdu cette identité ? Est-ce par une vision globale où l’être «vit » et voit la nature qu’il trouve sa place comme élément de la nature ? Est-ce le déplacement vital qui permet d’être en relation avec la nature et d’en faire partie de manière intentionnelle ? Faut-il changer notre relation à l’espace et notre point de vue sur la nature pour que l’homme y retrouve sa place ? L’homme doit-il trouver une nouvelle échelle dans son rapport à la nature, dans son rapport au monde ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Edel Truda

En lien avec l'installation " Route(s) migratoire(s) "

 

A propos de la série « Paysage »


Je m’intéresse à la question du point de vue dans le paysage.
Je travaille ce thème à partir de photographies prises dans des lieux où je suis passée lors de
résidences ou de voyages.
Le langage graphique puise son inspiration dans la vue aérienne et sa capacité à représenter
une globalité. Les images composites fabriquent une autre image, dans une autre dimension, à
une autre échelle. Dessinées dans un carré, elles se juxtaposent comme une mosaïque
cartographique. La perspective est évacuée afin de briser une vision du paysage à un point de
vue unique. La vision lointaine unifie les repères. L’observateur est contraint de se rapprocher
afin de faire pénétrer son regard à l’intérieur et de créer son propre cheminement. L’idée est
que l’homme n’est pas extérieur au paysage mais qu’il en fait partie.

Face au dessin, les repères sont perturbés. Le temps d’accepter l’invitation à s’introduire
visuellement dans l’objet et s’en imprégner comme on se laisse pénétrer par un paysage.

Edel Truda

sur la série de dessins " Paysage "

Je vois la présence parfaite de l’arbre, de la ligne
imaginaire des oiseaux en vol, de la circulation des
voitures que nous conduisons. Je vois une évidence
qui découle de cela en arrière-plan et qui ne trahit
pas l’apparence. Ce fond est-il le vide que je matérialise
sur le papier ?
De mes : « Traversées », « Cheminements », « Intermédiaires », « Prolongements », « Extension »,
« Croisement » ** ne réaliserais-je pas juste une
intensification de mon lien avec la nature?
Certainement : dans l’intime, l’infini se frôle.
Alors l’artiste serait celui qui crée une réalité palpable
ou abstraite, une poupée russe de son rapport
au monde...
Mes extraits s’inspirent d’images photographiques
prises dans le réel ou dans des documents. Ils sont
aussi des prélèvements de la nature ramassés ou
récupérés. Les extraits de la nature sont des indices,
des traces, des preuves, comme peut l’être une
image.
Le dessin/l’installation permet une reconstitution de
ces « fragments du réel » . A l’intérieur de ce nouvel
espace, ils sont côte à côte, superposés, imbriqués
et annonce une intention à la fois associative et à
la fois abstraite car redimensionnés, inachevés, griffonnés,
répétés, rotatifs. Ces correspondances font
dialoguer le proche et le lointain où les distances
sont raccourcies, les rencontres précipitées, l’entre
des choses rêvé...

** Titres d’installations dans la nature

 

Edel Truda 

Démarche « Nature : extraits - correspondances. » 2016

 

 

INTERMÉDIAIRE

 


Des paroles dans l’air
L’air de rien
Rien que du vent pour se souvenir être
Etre humain
Main à l’extrême
Extrême caresse
Caresse le visage
Visage au vent du nord
Nord Sud Est Ouest.

 

 


Une ligne dans l’espace qui tient
Qui tient comment?
Comment ça tient?

 

 


De l’air dans la terre
Terre aérienne

 

 

 


Plume plume plume plume plume plume plume plume plume plume
plume plume plume plume plume plume plume plume plume plume plume
Plumes d’oiseaux
Tombées à terre
intermédiaire.

Edel Truda 

" Intermédiaire " 2016/ Installation/ Oh la l'art/ Mirmande/ Drôme

 

 

Traversée

 

 

C'est du vent

 

 

L'arbre s'incline

 

 

Aller-retour

 

 

Le ciel la terre

 

 

Le paysage

 

 

Landscape

 

 

Le ciel fond de papier

 

 

One thousand leaves

One thousand lines

One thousand ivy

 

 

 

Rayons colorés blancs

 

 

Transparence

 

 

Ricardo, un paléonthologue m'a dit:

" l'homme accélère le temps,

il a accéléré la nature" ... ?

 

 

Tique tique tic tic tic tic

 

 

zzzzzz   zzzzzz  zzzzzzzzzzzzz  zz

 

 

coucou  coucou  coucou  

coucou  coucou

 

 

Ces peupliers font la hauteur de 15 hommes

 

 

Immobile

 

 

The wave

 

 

Me déshabille

 

 

Dessus dessous

dessous dessus

dessous dessus

dessus dessous

dessous dessus

dessus dessous

dessous dessus

dessus dessous

dessous dessus

dessus dessous 

dessous dessus

dessus dessous

 

 

 

Edel Truda 

" Traversée" 2016/ Installation/ L'Art est dans les bois/ Pleslin Trigavou/ Bretagne

 

 

 

 

 

                                            

 

Instant intemporel

 

Comme le noir est lumineux

La page blanche est pleine

Comme la surface est profonde

Les images du réel sont superficielles

 

 

L'image:

extraction du réel, fragment recomposé.

Plate.

Surface de projection communicante.

Multidimensionnelle dans

l'entre-image.

Bavarde ou silencieuse.

Ondule, émet le signal,

se fragmente à nouveau.

     Ses strates informent et déforment ce tout lisible en une fois

 

  Edel Truda

 

 

Texte sur « Balancier » 

 

« Balancier » est un dessin animé centré sur l’idée d’unité des différents éléments, êtres vivants de la nature, et de leurs milieux. A travers un cheminement poétique libre, ces derniers y sont perçus comme des parcelles de vie et d’énergie. Cette idée d’unité, qui prend la forme d’une « circulation de la nature » ( NB : Edel Truda ) , transparaît premièrement à travers le mouvement, et deuxièmement à travers les analogies dans une nature prise au sens large. Les liens existant dans la nature et les liens existant entre la nature et l’homme semblent de même acabit et se mélangent. Le mouvement de la nature stricto sensu (par exemple l’arbre qui pousse ou les oiseaux qui volent) et le mouvement qui relève des attributs de l’homme (par exemple le déplacement du chapeau) se croisent et rentrent dans le même mouvement général. Edel Truda montre qu’il y a dans la nature des analogies entre les éléments (par exemple un oiseau qui devient un dauphin) et entre des espaces transversaux (par exemple la feuille qui tombe de l’arbre semble mêler l’espace hors-sol de l’arbre à son sous-sol de racines qui grouillent de vers et donc de vie). Comme dans la nature, le lien entre celle-ci et l’homme comporte des analogies entre différents éléments (par exemple un dauphin qui se transforme en chapeau) et entre différents espaces (par exemple les oiseaux colorés qui volent à l’intérieur d’une bouche de métro montrent la correspondance entre l’espace du ciel et l’espace sous-terrain). L’homme a beau construire ou créer, il reste solidaire de la nature (par exemple l’origami volant qui devient un oiseau), comme la nature est solidaire de l’homme puisque s’adapte aux constructions de ce dernier (par exemple le vol de l’oie au-dessus de l’arbre comme au-dessus de l’immeuble). Quand on sait que l’idée de nature est étrangère à de nombreuses sociétés, cela permet de relativiser la notion « d’artifices humains » dans notre culture. Le papier mis en abîme métaphorise peut-être la création artistique mais aussi toute intervention de la « main » de l’homme. Ainsi en se mêlant à la nature (il se transforme en nuage) il représente peut-être l’unité de l’homme et de la nature dans leur potentiel infini. Le « balancier » qui désigne une pièce qui sert à régler le mouvement général de toutes les pièces d’une machine, appuie cette idée d’unité des éléments et de mouvement général de la nature prise au sens large. Même si ce  poème visuel  ne rend pas compte de la distinction occidentale récente entre la nature et la culture, il n’en soulève pas moins le problème de la complexité et des contradictions dans l’unité.

                                                                                         

                                                                     Bertrand Baillat

                                                                      Novembre 2015

 

                                               L'homme aux bleus et la fille aux plumes

Baptiste : c'est quoi pour toi l'art Edel ?

Edel : oh la la Baptiste, je ne sais pas ce que c'est l'art ! 

L'artiste, pour moi,

c'est comme une poupée russe en relation avec le monde.

Baptiste : ben c'est cool d'être artiste.

Edel : oui, on sent des choses. Et toi ?

Baptiste : c'est de l'émotion pure et une oeuvre d'art

c'est une chose montrée, des gens qui regardent et un artiste.

Edel : oui, tout ça est un prétexte à communiquer.

Baptiste : en effet, un prétexte pour rêver.

Edel : pour rêver sa réalité

Baptiste : ce n'est pas un paraître

Edel : c'est un être

Baptiste : il fait beau aujourd'hui ! 

Edel : oui aujourd'hui, c'est fleuri !

Baptiste : c'est humide, on est dans les terres.

Edel : c'est pas loin la mer.

Baptiste : c'est La Guéroulde sur mer ! 

Edel : il y a quoi à faire à La Guéroulde sur mer ?

Baptiste : La Poultière, le bar, la forêt et...

Edel : derrière ces portes c'est ici et ailleurs

Baptiste : voyagez, rêvez !

Edel : vivez ! Santé ! 

Baptiste : riez ! Chantez !

Edel : dansez ! Tournez ! Contempler !

Baptiste et Edel : soyez curieux ! Ouvrez nos portes ! 

                                            Ouverture des ateliers des artistes en résidence

Baptiste Da Silva et Edel Truda

La Source La Guéroulde / Normandie / Mars 2017